vendredi 20 mars 2026

COMPTE RENDU SORTIE AU JEAN NOUVEAU LE 1ER MARS 2026

 Récapitulatif de la sortie Jean Nouveau

Objectif : le fond -570

Arrivé la veille vers 21h pour rejoindre le groupe sur le lieu de campement, à une cinquantaine de mètres de l'entrée du trou, nous installons le bivouac. Un moment convivial autour d'une bière, quelques échanges, puis coucher assez tôt : objectif 7h30 prêts à descendre.

Même sans Dorian, nous accusons tout de même un petit quart d'heure de retard 😁

Les plus aguerris partent en premier pour équiper, sachant qu'un tiers de l'équipement avait déjà été préparé la veille. Je pars juste derrière Bertrand, troisième en partant de la fin.

Très vite, je ne le vois plus. Je descends le P167 tranquillement mais sûrement. Tout se passe bien mais sur les derniers fractionnements, je commence à ressentir une forte pression du baudrier au niveau de l'aine. Peut être  liée au poids du sac (4,5 L d'eau + pique-nique).

Arrivé en bas, je partage mon hésitation avec les deux collègues derrière moi. Nous ne sommes qu'au premier tiers de la sortie, et la remontée représenterait déjà un bel effort. La sortie est estimée entre 12 et 18 heures : faut-il continuer ou s'arrêter là ?

Ils me répondent que la décision m'appartient, mais qu'attendre ici pourrait être long. Cela ne fait qu'1h30 que nous avons commencé... Je décide donc de continuer, en ajustant le baudrier.

Nous descendons encore un puits, mais la douleur s'accentue. J'ai la sensation que le baudrier m'écrase vraiment au niveau de l'aine. Comme nous sommes dans un enchaînement de puits, je poursuis jusqu'à atteindre une zone plus plate. Pourtant, même sans être en tension sur la corde, la douleur persiste et me fait un point de pression jusqu'aux parties intimes.

Nous trouvons finalement un endroit pour nous poser. Après un quart d'heure de pause, la douleur diminue légèrement, mais reste présente et gênante. La question revient : continuer en risquant que cela empire, ou s'arrêter et attendre que mon binôme rattrape les autres pour organiser un retour ?

Malgré la culpabilité d'écourter la sortie de quelqu'un, je me dis qu'il est plus raisonnable d'en rester là plutôt que de prendre le risque de compliquer la situation plus loin.

Au moment où j'écris ces lignes, cela fait environ 30 minutes que j'attends dans un recoin de la grotte, bercé par un filet d'eau qui coule, en me demandant combien de temps cela va durer.

Une réflexion me traverse alors : l'envie d'aventure et de dépassement n'a pas les mêmes conséquences sous terre qu'en surface. En cas de complication, les solutions de repli sont bien plus limitées.

Aurais-je pu continuer ? Peut-être. Mais que se serait-il passé si la situation avait empiré plus loin ?

Quelques minutes plus tard, j'entends des résonances dans la galerie. On dit que le silence est agréable, mais entendre quelqu'un arriver l'est tout autant.

Bertrand apparaît pour m'accompagner vers la surface. Nous faisons un point, je prends un anti-inflammatoire, et direction la remontée.

Au cours de la montée, la gêne est nettement moins présente et le cachet fait son effet. La remontée reste longue, et je constate un manque de fluidité sur les fractionnements (checks a répétition, longes emmêlées, condition physique à améliorer ). À titre d'exemple, Bertrand remonte le premier puits de 167 m en 45 minutes, là où je mets 1h30.

Malgré cette mésaventure, c'était une belle sortie et l'équipe était au top. J'ai tout de même pu atteindre la salle du 14 juillet, à environ -260 m.

De leur côté, l'équipe qui a poursuivi vers l'objectif du fond a pu continuer la progression. Ils se sont toutefois arrêtés au dernier puits de 20 m la corde initialement prévue pour son équipement ayant dû être utilisée plus tôt dans la cavité. La remontée s'est effectuée sans incident : le premier est ressorti aux alentours de 17h30, et le dernier vers 19h30.

Au final, c'était une sortie exceptionnelle et très engageante. Physiquement et mentalement, il fallait être dedans. Entre l'objectif du fond, les imprévus, chacun a dû s'adapter.

Un grand merci à Bertrand d'avoir fait demi-tour pour m'accompagner vers la surface et au reste de l'équipe pour ce moment passé avec vous. Vous êtes des machines !

Grégory RIFFARD

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