Lundi
26 août 2019 en milieu d’après-midi notre ami Emile CHEILLETZ nous a quitté
après avoir lutté pendant quelques mois contre la maladie.
Emile
était originaire de Paris que sa famille quitta au début de la guerre pour
venir s’installer à Vaison la Romaine puis sur Lyon. Ensuite il viendra sur
Montélimar pour le travail.
Emile
était avec Jean-Xavier CHIROSSEL un des deux fondateurs de notre club le
M.A.S.C (Montélimar Archéo Spéléo Club)
en février 1966. Il en fut Président de 1974 à 1981 puis ensuite Président
d’honneur. Il fut très actif dans le club surtout dans les années 1966 à 1990.
Il s’intéressait toujours à nos activités par l’intermédiaire du blog du club
ou en participant à quelques réunions ainsi qu’aux Assemblées Générales. Il fut
très touché et même ému de recevoir grâce au Président du C.D.S 26 la médaille
d’argent de Jeunesse et Sport qui lui fut remise lors des festivités des 30 ans
du Spéléo Secours Français à Montélimar.
Il
était issu du club des Vulcains de Lyon. Il fut un des tout premiers à avoir
son diplôme d’initiateur obtenu lors d’un stage à Vallon Pont d’Arc en 1959
(bien avant la création de la Fédération et de l’E.F.S). Il fut un des premiers
en 1958 (si je me rappelle bien) à descendre dans le V4 à Samoëns en Haute
Savoie, cavité qui deviendra une des entrées du gouffre Jean-Bernard. Ce gouffre fut pendant quelques
années le plus profond du monde. Il faisait partie des trois survivants de
l’accident de la Goule de Foussoubie en 1963, il fut un membre très actif du
Groupe de Recherches Biospéléologiques (association regroupant le Spéléo club de
la Seine et le M.A.S.C) créé pour l’étude en particulier de la Goule de
Foussoubie.
Emile
encadra un des premiers stages à Font d’Urle en 1965, Il fut aussi le premier
trésorier du Spéléo Secours Français en 1977, dont Pierre RIAS son ami de
toujours en était Président.
Il
était très impliqué dans la vie sportive et politique de Montélimar :
Président d’Honneur du M.A.S.C et de l’Office Territorial des Sports de
Montélimar. Il avait fait partie dans la fin des années 1960 du club de plongée
de Montélimar l’Union Subaquatique de Sauvetage des Hommes Grenouilles de
Montélimar Groupe Dauphin, club qui n’existe plus depuis très longtemps. Il
était membre de la Confrérie du Nougat, du club service Kiwanis, et pendant
quelques années Conseiller Municipal, il a également siégé au Conseil des Prud’hommes,
à Drôme insertion, à Montélimar Agglomération Habitat, il a été patron de deux
entreprises sur Montélimar, une de maçonnerie et une de peinture et était
mandataire de 3 autres entreprises.
Comme
beaucoup de jeunes de son âge lors de son service militaire il participa
pendant 28 mois aux événements en Algérie. Période dont il ne parlait jamais.
C’était
un personnage atypique, on l’appréciait
ou pas, comme tout un chacun on ne peut pas plaire à tout le monde répétait-t-il
souvent. Brigitte ORSOLA (la sœur du dénommé La Rouille) nous a remémoré que
dans les années 66 ou 67 au cours d’une exploration aux Neuf Gorges elle glissa
au bas du 1er puits et c’est Emile qui la rattrapa juste avant
qu’elle ne bascule dans le puits suivant comme elle se le rappelle elle lui
doit la vie.
Des
faits comme cela on en a tous sur sa générosité et l’esprit d’équipe. Un autre
exemple lors de la découverte du Clos de
La Fure à Corrençon nous manquions de matériel de progression il nous fit un don
qui permis d’acheter 300m de cordes et de nombreux amarrages Si nous avions
besoin pour nos désobs de bastaings, de planche ou
d’autres choses, la porte de son entrepôt nous été grande ouverte.
Emile
était un homme généreux quelquefois fois un peu bruyant, aimant la vie avec
force comme tous ceux qui ont failli la perdre à plusieurs reprises. Autodidacte, curieux de tout et surtout passionné de Spéléologie, Emile c’était
une faconde, avec une facilité à engager le verbe, beaucoup d’humour et de
connaissances.
Salut
à toi homme libre ne mâchant pas tes mots. Tu nous as donné le goût de se
surpasser dans les moments difficiles. Par ces quelques lignes Serge et moi au
nom du club nous lui rendons hommage surtout de notre part pour ces 53 ans
d’amitié et ta présence fidèle dans le même club ce qui est très rare actuellement, il était aussi resté
fidèle à son club d’origine les Vulcains.
Pour
le M.A.S.C.
Serge
AVIOTTE et Jean-Jacques AUDOUARD ainsi que tous les membres du club.
Une pensée pour son épouse Nicole et ses enfants Sophie et Siegfried
Emile en explo en 1959
Dernière sortie sous terre en 2000
Emile très ému lors de la remise de la médaille Jeunesse et Sport par Franck Reynier,
Maire de Montélimar en 2007
Séance de Capitaine Paf lors des 30 ans du SSF à Montélimar en 2007
.Emile très surpris quand à notre demande le Maire de Montélimar lui a remis la topo de Foussoubie lors des 30 ans du SSF en 2007
SOUVENIR D'ÉMILE PAR SES AMIS DES
VULCAINS
Emile Cheilletz habitait cours de Verdun à Lyon
Perrache et fréquentait le club des jeunes de la Paroisse Sainte Croix.
Claude Milly, Jean Dupont, Alain Besacier, Pierre Rias
et moi-même formions le cœur du Groupe Vulcain créé en 1957. Vers 1958, forts
de notre « grande » expérience, nous avons emmené Emile à Jujurieux,
la grotte du village éponyme qui deviendra la Grotte Ecole de la Région. De
suite Emile s’est montré enthousiaste et il devint rapidement très actif. Il a
participé en août 1958 au premier camp Vulcain à Saint Remèze où nous avons
exploré les Avens : du Devès, du Courtinen, du Gauthier etc…et surtout Rochas qui était
pour nous le premier « grand gouffre ». Nous n’avions que 100 m d’échelles
et il nous a fallu faire 3 relais pour permettre qu’un seul Vulcain (Jean
Dupont) aille au fond. Par la suite Emile a été très actif avec nous et nous
avons fait de nombreuses expéditions en Ardèche : au Faux Marzal, à Vigne
close. A cette époque Emile demandait un silence total lorsqu’il était sur une
échelle…et on le taquinait beaucoup !
A cette époque le Groupe Vulcain a adhéré au Club
Alpin de Lyon… Ce qui nous permettait d’être assurés et d’avoir l’avantage de
récupérer les cordes que les alpinistes ne voulaient plus !!!
Lors de la seconde expédition à Samoëns le 14 Juillet
1959, Emile était là pour explorer le premier gouffre trouvé dans les massifs
calcaires de la région. Ce gouffre, baptisé Aven du 14 juillet, est l’une des
entrées actuelles du Gouffre Jean Bernard (- 1602 m).
Puis il y a eu la période service militaire durant
laquelle, sous l’impulsion de Jean Dupont, les jeunes ont poursuivi l’action.
En 1962, à leur retour, les anciens ont retrouvé le
Groupe Vulcain structuré et toujours très dynamique. Avec Emile nous avons
repris nos explorations tant en Ardèche, que dans le Jura, le Vercors et la
Chartreuse…sans oublier Samoëns (camp de 1962 sur le massif du Folly… sans
succès). Début 1963, lors de l’élaboration du programme de l’année, Emile nous
parle de Foussoubie. Il est convaincant et organise une grosse sortie pour les
3 jours de la Pentecôte. Un groupe de 9 Vulcains se retrouvent à la Goule… 5
partent pour bivouaquer dans la cavité… 2 font un aller-retour jusqu’au
lac…mais dans la nuit un orage terrible se déclenche… et c’est le DRAME.
Emile, Alain Besacier et Jacques Delacourt s’en
sortent… Les deux autres, Bernard Raffy et mon Ami Jean Dupont, sont emportés
par les flots…
Peu de temps plus tard, Emile quitte Lyon pour suivre
Paul Aviotte, (le père de Serge) qui prend un nouveau boulot sur Montélimar.
Le Groupe Vulcain quitte le CAF… Nous décidons, malgré
ce drame, sous l’impulsion de Pierre RIAS, de « CONTINUER » !!!
Quelques anecdotes ….
Je ne
vais reprendre ce qui a pu être dit au sujet d’Emile qui était un être
« excessif » mais oh combien sympathique. Je veux simplement évoquer
deux anecdotes qui ont marqué les débuts du Groupe Vulcain dont Emile a été une
figure illustre.
Pentecôte 1958, le Groupe va profiter de ce long
week-end pour faire une sortie à la grotte du Crochet, à Torcieu dans l’Ain,
avec comme objectif de passer le siphon… Les sorties précédentes dans cette
grotte ont « buté » sur le siphon que certains avaient précédemment
franchi à sec, ce qui avait permis de décrire le passage. En fait il s’agit
d’une petite galerie d’environ 30 cm de hauteur et qui de temps en temps se
remplit… L’objectif de cette sortie est de franchir le passage inondé. Pour
cela le Groupe s’est entrainé dans les bassins de la place Carnot à Lyon.
Equipé d’un tuyau souple raccordé à un embout buccal, il suffisait de plonger
la tête dans l’eau en respirant par la bouche et expirant par le nez…
L’entrainement a mobilisé presque tout le Groupe, et il ne reste plus qu’à
trouver un tuyau assez long soit une dizaine de mètres… Emile nous annonce un
jour qu’il a ce qu’il faut, ou du moins que son grand-père a ce qu’il faut, un
tuyau d’arrosage. Il suffira de le subtiliser le vendredi et de le remettre au
retour de la sortie, ainsi le grand-père ne se sera aperçu de rien et nous
aurons franchi le siphon…Le samedi la troupe se rend à Torcieu. Il y a deux
équipes, une première à laquelle participe Emile qui a pour mission de porter
le matériel, dont le tuyau, jusqu’à l’entrée du siphon. La seconde équipe est
composée de trois membres dont un doit les rejoindre dans la nuit, car il
arrive par train à Ambérieu. Pour des raisons inconnues « encore à ce
jour » ce troisième membre n’est pas dans le train… Un accident de route
va encore réduire le nombre d’équipiers à un seul… Pendant ce temps, sous
terre, l'autre équipe attend sagement l’arrivée des « plongeurs »… Ne
les voyant pas arriver ils ressortent en laissant toutefois le tuyau sous
terre… et, arrivés à la grange dans le village, ils découvrent la situation.
Compte tenu de cela il est décidé d’en rester là et le retour sur Lyon est
organisé, sans que quelqu’un ne se soucie du tuyau du grand-père. Celui-ci, dès
le lundi, constate la disparition de son tuyau, où est-il passé ? Aucune
réponse. Emile, qui est interrogé au même titre que toute la famille, ne sait
pas répondre… Le temps passe, le grand-père évoque toujours de temps en temps
la disparition de son tuyau… Ce mystère ne sera jamais élucidé et plusieurs
décennies plus tard, à chaque rencontre, Emile se fera un plaisir de l’évoquer…
La seconde anecdote concerne « les voitures »
dont une Opel d’Emile, d'âge respectable, qui un beau jour à décider de ne plus
réagir à la commande de frein… Cela s’est produit dans le Cerdon. Que
faire ? S’arrêter et tenter de trouver un dépanneur ? Pas question.
Pour je ne sais plus quelle raison, Emile doit impérativement rentrer à Lyon.
Il décide donc de continuer et pour pallier aux freins défaillants, il
demande à ses passagers, dont je fais partie, d’ouvrir les portières et de
freiner avec les pieds… Nous ne sommes pas allés jusqu’à Lyon comme cela, mais
nous avons fait quelques kilomètres avant de nous arrêter…Voilà les souvenirs
que nous avons eu, soixante ans plus tard, tant de plaisir à évoquer avec Emile
lors de la rencontre pour fêter les soixante ans du Groupe.
Les anciens du
Club des Vulcains
Gérard PROTAT, Claude MILLY



