dimanche 19 avril 2020

Texte de Hervé G.

Irréelle réalité surréaliste 

Des milliers de concrétions blanches, fines comme des crayons et longues de plus d'un mètre pour certaines d’entre elles, pendent du plafond. Ces fistuleuses, comme les appellent les spéléologues, creuses et quasiment transparentes par endroits, semblent irréelles tant elles sont minces et fragiles. Il ne viendrait l’idée à personne d’imaginer une construction aussi vulnérable qui serait détruite par le moindre souffle de vent ... 
Plus structurée, mais tout aussi surréaliste par sa forme, une concrétion en draperie s’étire de la voûte jusqu’à la hauteur de ma tête, semblable à une toile, maintenant pétrifiée, que quelqu'un aurait négligemment laisser pendue à un rebord de fenêtre sans prendre soin d’en détendre les plis. Je l'observe de près, l'illuminant de ma lampe, scrutant chaque détail et avec l'envie de la caresser comme on le ferait instinctivement avec une étoffe douce... M'éloignant de cette alcôve intime, la pièce s'élargit amplement, rappelant quand, d'une chapelle latérale d’une cathédrale, on se dirige vers la nef redécouvrant le chœur qui se dévoile dans toute sa magnificence. Là, entourée de nombreuses stalactites et stalagmites de hauteurs différentes, dont certaines, dans un temps indéfini, se rejoindront pour s’unir en colonnes, une colonne massive s'élève comme un pilier gigantesque reliant la voûte au sol. Le faisceau lumineux de mon casque ne me permet pas, malheureusement, de profiter de la beauté de cet édifice naturel d’un seul coup d’œil. Pour l'apprécier dans toutes ses dimensions, je dois jouer avec la lumière. Selon la manière dont je positionne les rayons, soit je mets en évidence un détail, soit s’ouvre à moi une vision plus complète bien qu’un peu plus atténuée. Mon ami, tout en me donnant un flash et une lampe puissante, me demande de monter plus haut le long d’un petit couloir qui me mène à la base de l’immense colonne. Ainsi, lors du déclenchement de la photo, la grotte sera éclairée par différents points et il en résultera une image plus belle que celle obtenue avec une seule source de lumière. J’observe tout le dôme avec le projecteur qui, outre la perspective différente que j'avais d’en bas, m’offre une vision vraiment féerique, me révélant des couleurs que je n'avais pas encore remarquées ... 

La photo est bien sortie, je la regarde sur l'écran de mon ordinateur, un spritz dans la main assis devant mon bureau. Je me revois dans la cavité et je l’imagine, maintenant, alors que je suis là à observer cette réalité que j'ai perçue de mes yeux grâce à nos lumières. En ce moment, ce décor à l’aspect surréaliste mais ô combien réel, façonné par des siècles d’activité de l’eau, fruit de la création même de notre Terre, est plongé dans l’obscurité la plus totale dans un silence presque parfait lui aussi, à peine troublé par la chute régulière de quelques gouttelettes d’eau. Un monde de ténèbres et de silence, dont nous avons changé la véritable essence pendant nos quelques heures de présence, en l'adaptant à nos sens, en lui donnant une luminosité et des couleurs qui n'existent que par le subterfuge de nos lampes ... 

Un peu perdu je me demande : « Ce monde, nous l’avons révélé ou réinventé » ? 

Hervé Ghérardi, septembre 2019, dans le cadre d’un atelier d‘écriture animé par le journaliste vénitien Roberto Ferrucci et qui avait pour thème « Décrire la réalité »

DESOBSTRUCTION EN COURS CHEZ DIDIER



Pour garder la forme et la technique notre camarade Didier creuse une cavité sous sa maison en espérant peut-être un jour rejoindre les Poulettes.

Nous ne savons pas encore s’il creuse un abri anti covid ou une cave pour cacher son vin et autres boissons de sa fabrication, toutes à boire avec beaucoup de modération.

Comme le dit le proverbe du maître désobeur ‘’ Didier  tais-toi et creuse’’.

Jean-Jacques

Photo Didier





lundi 13 avril 2020

NON NON LE BLOG N’EST PAS MORT IL EST BIEN VIVANT MAIS CONFINÉ



Bonjour à tous,

J’espère vous trouver en bonne forme et santé. Le blog ne risquant pas de vous contaminer, nous le sortons du confinement.

Suivant les recommandations de notre fédération et les instructions gouvernementales sur le confinement aucune sortie n’est organisée. En cette période certains se sont trouvés une âme de poète, d’autres ont profité de cette période pour classer et ranger leurs archives, finir des topos, mettre à jour des inventaires, d’autres ont mis à disposition des montages diapos et films perso sur la liste du M.A.S.C.

Didier pour garder la forme creuse une cavité sous sa maison chacun sa méthode pour s’entraîner.

En cette période de Pâques les Poulettes sont elles aussi en confinement, les cloches ne nous apporterons donc pas de nouvelles infos sur le fond du nid. 

Jean-Jacques

jeudi 9 avril 2020

Poème de Michel C.



CONFINEMENT ENTENEBRE 

 Après avoir tenté de répondre, de manière très expéditive je le reconnais, à la question : « Vous les alpinistes, pourquoi allez-vous là-haut ? », je vais essayer de satisfaire votre curiosité sur les motivations des explorateurs souterrains : « Vous les spéléos, pourquoi allez-vous sous terre ? »Je réponds donc sans réfléchir : « Nous pénétrons dans la caverne, en langage poétique, dans le ventre de la Terre, plus trivialement dans le trou, dans l'espoir d'y effectuer une première... » Est-ce clair ? J'étaye cette explication sommaire en ajoutant qu'il n'est pas rare que nous y rencontrions quelques stalagmites, celles qui montent, en jargon spéléo des bitards, fièrement dressées. Voilà qui explique sans doute pourquoi la gent féminine se trouve sous-représentée dans nos rangs . J'y ai pourtant rencontré dans le passé quelques sœurs d'explo qui tenaient des propos de carabin de nature à faire rougir le mec plutôt timide que je suis. Mais désormais, avec Metoo, le milieu semble s'ouvrir plus largement aux spéléotes, qui j'espère ne s'offusqueront pas de la présence sur un des placards de notre local d'une sublime créature dans le plus simple appareil, saisie très opportunément au détour d'une galerie souterraine (non, c'est pas à Auchan!), sublime créature donc qui veille avec bienveillance sur la bonne tenue de nos réunions. 

Donc les filles, n'hésitez pas, vous pouvez venir ; on ne vous embêtera pas ! 
D'autant plus que vous vivrez avec nous d'autres expériences subliminales : depuis votre naissance, revécue en direct lors d'un passage d' étroiture évoquant irrémédiablement un accouchement, jusqu'à votre mort, lorsque vous serez enfoui(e) à jamais dans les profondeurs de la terre. Etant claustrophobe, je préfère quant à moi être dispersé quelque part à l'air libre ; C'tune blague !!!  

Suivez-moi donc dans mon lit ce soir...alors que j'essaie désespérément de trouver le sommeil. Je respire profondément dans la nuit, je crois entendre au loin le bruit d'une goutte d'eau, puis d'une autre, plic-ploc ! Je ne souffre ni de la chaleur, ni du froid. Ma couche est en fait une étendue de sable fin et doux sur laquelle je repose paisiblement et me voici bientôt...dans la caverne. Devant mes yeux émerveillés, un paysage fantastique, toutes ces stalactitesstalagmitesfistuleusesexcentriquescolonnesdisquesmédusesdraperies, j'en oublie sans doute, à faire pâlir de jalousie un décorateur d'intérieur, le tout disposé dans un ordonnancement improbable défiant les lois de la pesanteur. Attention fragile toutefois ! un coup de casque malencontreux et vous détruisez ce que la nature a mis des millénaires à édifier. Je poursuis donc mon cheminement et ne tarde pas à me retrouver suspendu au bout d'un fil minuscule au centre d'un puits immense dont je ne touche pas les parois, n'ayant comme repères que des petites lumières qui s'agitent en haut et en bas. Me voici ensuite immergé jusqu'aux genoux dans une rivière en furie qui taille sa route de cascade en cascade. Bruit assourdissant !!! Je me mets à l'abri dans une salle restée sèche, un peu à l'écart de l'actif...Et là, sur la voûte éclairée par le faisceau de ma lampe, je découvre : quelques traits au charbon de bois, une crinière qui se devine...mais oui, ils sont venus ! Au fin fond des ténèbres, me voici en train de communier...avec nos lointains ancêtres...Ultime expérience métaphysique... Mon corps, loin de la Pandémie, ne fait plus qu'un avec le grand tout... 

 et je me réveille !!!

 Une certaine fébrilité m'enveloppe...à mettre sans doute sur le compte de cette rêverie ô combien mouvementée ! 

 Bien sûr les ami(e)s, on est davantage confinés sous terre que dans nos domiciles respectifs. Mais si vous saviez comme ce noir absolu me manque, la lumière chaude de nos lampes qui l'éclaire , les voix rassurantes de mes compagnons d'explo... et comme je serai heureux de les retrouver !!! 

D'ailleurs, mon pote C, lors de notre dernière sortie en commun, n'as-tu pas suggéré aux jeunes qui nous accompagnaient que le milieu souterrain pouvait constituer un abri sûr en cas de catastrophe...paroles prémonitoires sans doute...  


Michel C.     6 avril 2020



Archives du blog

Contributeurs

Compteur de visites


paris sortif