Participants : Jean-Jacques, Jean-Noël, Serge et Bambou
en surface ; Pierre DC, Bertrand V. et Olivier S. sous terre.
Retour en ce début d’année dans la forêt de Saou pour
poursuivre le rééquipement du trou du diable. Lors de la sortie précédente la
même équipe avait équipé le P80 et la tête du P25 qui lui fait suite après une
courte étroiture (Cf. le CR du 12 décembre).
Comme annoncé c’est sous de fortes averses que nous prenons
la route et que nous nous retrouvons à Saou en ce premier samedi de 2016. De
là, il nous reste encore 11 kilomètres de piste forestière à parcourir.
Heureusement, plus nous grimpons, plus la pluie semble vouloir se calmer, et si
arrivés au refuge il pleut nettement moins, et il ne fait que 2°C ; pas
tout à fait les conditions du mois de décembre.
A l’abri nous
préparons les kits, pendant que Jean-Jacques prépare et allume une bonne
flambée. Jean-Noël nous conduit en taxi-brousse jusqu’au départ de la sente qui
mène au trou. Cette fois-ci pas d’hésitation, le terrain est un peu glissant
par endroit mais nous filons directement jusqu’au porche avec Jean-Noël et
Serge qui nous accompagnent. Serge a participé très activement aux premières
explorations du trou du Diable dans les années 70 du siècle dernier (oui, oui
il y a plus de 40 ans ! hier quoi. Tiens toi t’avais quel âge en
1972 ?). Et s’il a aujourd’hui une bonne raison pour ne pas descendre avec
nous, sûr que la prochaine fois il ne restera pas en surface. On devine son
impatience, à peine dissimulée, de revoir le fond pour vérifier les
possibilités de suites qu’il a encore en tête. Et il y en a d’autres de ces
premiers explorateurs prêts à mordre dans cette madeleine … Mais aujourd’hui
l’équipe ne comporte que du sang neuf issu d’une génération beaucoup plus
récente de spéléos. Ils n’ont tout juste qu’un demi-siècle d’existence et ne
comptent guère plus d’une trentaine d’années de pratique souterraine ; des
jeunots ! Relativement parlant bien entendu.
En tant que cadet de l’équipe, je file en premier en
vérifiant la corde et les amarrages posés la dernière fois. La première
longueur met tout de suite dans l’ambiance verticale de ce magnifique P80.
Bertrand me suit et me rejoint rapidement alors que Pierre décide
d’entreprendre des travaux de purge au niveau du deuxième fractio, soit à peu
près 40 m au-dessus de nos casques. Les cailloux sifflent et il se met soudain
à pleuvoir du gros gravier. Nous rentrons les épaules en attendant que l’orage
passe. A la première éclaircie je m’enfile dans l’étroiture et retrouve les
deux derniers points posés il y a trois semaines. Je poursuis l’équipement mais
la qualité du calcaire, déjà médiocre, ne va pas en s’améliorant avec la
profondeur. C’est une sorte de mille-feuilles présentant une alternance de
couches d’aspect plus ou moins marneux et généralement impropres à la fixation
d’amarrage fiable. Il convient de sonder, patiemment et méthodiquement, pour
trouver les rares endroits qui veulent bien chanter sous les coups de marteaux,
et encore faut-il ne pas avoir l’oreille trop musicale… Le pied doit aussi
rester particulièrement léger ; la paroi est friable et très fragile.
Alors que j’entame, l’équipement du P55, Pierre qui a très
mal au dos préfère nous laisser et décide de remonter en surface. Comme il
était spécialement chargé des prises de vues, il n’y aura pas de photos de la
suite aujourd’hui.
Je prends pied sur une margelle à mi-puits et propose à
Bertrand de venir me rejoindre. En descendant lui aussi entreprend, mais bien
involontairement, des travaux de purge de grande ampleur, nouvelle averse de
pierres pour moi. Dans ce secteur, il vaut mieux avoir le kit sur le dos car
quand, libre en bout de longe il rabote la paroi, les copeaux produits sont
assez gros et c’est fou ce qu’ils adorent Newton. En dehors de la trajectoire
je n’y verrais absolument aucun inconvénient, mais là je proteste un peu.
Bertrand me rejoint sur la margelle pour continuer
l’équipement avec prudence et circonspection: mais où se trouvent les
50cm² de paroi où l’usage d’un perforateur à percussion peut être utile et
efficace ? Bertrand finit par trouver la bonne couche, du moins celle qui
apparait la moins mauvaise (son oreille est aussi mauvaise que la mienne). Avec
deux points supplémentaires et une petite déviation nous prenons pied sur une
nouvelle margelle environ 8 mètres plus bas. En fait le P55 semble s’être
creusé à la faveur d’une faille et s’étage en margelles successives avec un
profil de plus en plus allongé. Des zones perchées sont joliment concrétionnées
(les réclamations pour les carences iconographiques sont à adresser
directement à Pierre DC ou à un certain Yves B. resté scotché en Isère, sans
parler de notre Huggy national, shooter compulsif mais néanmoins talentueux.
Bon disons qu’ils se rattraperont la prochaine fois…). La qualité du
calcaire à l’air de vouloir s’arranger un peu, un tout petit peu, par endroit…
Le fond n’est plus très loin, une vingtaine de mètres, mais
le temps passe vite, l’heure fixée pour le retour approche. De toute façon il
ne nous reste plus que deux plaquettes, donc pas suffisamment pour aller bien
plus bas. Bertrand pose encore deux amarrages et la corde qui attendront là la
prochaine séance.
Nous remontons tranquillement, bien décalés afin d’éviter de
recevoir de nouvelles giboulées minérales. Maintenant c’est moi qui suis
au-dessus, et par égard pour mon camarade je fais de mon mieux pour limiter les
précipitations.
A 17h10 nous sommes dehors. Nous croisons Pierre sur le
chemin qui, sachant proche l’heure de notre sortie, venait aux nouvelles. Le
temps de nous changer et de redescendre la piste il est 18h30 quand nous
retrouvons Jean-Jacques, l’homme aux clés d’or, qui nous a patiemment attendus
pour refermer la barrière.
Voilà une nouvelle étape est franchie. L’objectif du jour
n’a pas été atteint, mais la prudence qui nous a retardés n’a rien d’excessif.
Il faudra pour les sorties à venir rester très vigilant ou se munir de
parapluies blindés. Bon, quoi qu’il en soit à la prochaine le fond devrait être
enfin rejoint et la première peut-être de mise…
Olivier S.