Ce nouveau périple iranien, prétexte à un compte rendu
fleuve, fait suite à une première prise de contact sur place, au mois d’avril,
avec des spéléos locaux. Initialement il s’agissait de faire du repérage de
cavités susceptibles d’être plongées, dans l’objectif d’une expé en 2016.
Malheureusement, juste avant notre arrivée à Téhéran, le spéléo qui devait nous
guider a eu à gérer un très grave accident de l’un de ses proches. A l’arrache,
un de ses collègues a bien voulu s’occuper de nous mais avec un programme plus
léger.
Une virée très courte, à peine une semaine, mais dense avec
peu de temps pour dormir en raison d’horaires bien baroques et de quelques
péripéties. Tout démarre à Lyon Saint Exupéry par une panne de tapis à bagages,
bloquant l’enregistrement. D’entrée de jeu, plus d’une heure dans la vue… Mais
sympathique compensation par la compagnie aérienne (merci Turkish Airlines) qui
pour nous placer au plus près de la sortie de l’avion nous a surclassés en
Affaires. Mazette, quel confort ! Malgré tout il a fallu piquer un sprint
effréné pour attraper notre correspondance d’autant que je m’étais un peu
emmêlé dans les numéros de portes. Fin de la première étape à 3h du mat à
Téhéran. Longues files pour les visas et enfin arrivée chez les copains pour
souffler un peu.
Bien entendu on papote jusqu’à point d’heure mais debout
avant l’aurore (3 heures), pour se faire une heure de taxi et attraper un train
direction Zanjan, 300 km vers le nord-ouest. Prix du billet : 7 € incluant
une lunch-box avec jus de fruit, biscuits, bouteille d’eau et thé. Une fois sortis
de l’immense ville de Téhéran, près de quatre heures de voyage à travers un
paysage de champs de blés et d’agglomérations
Après le traditionnel contrôle de police nous sommes
récupérés par notre nouveau guide Shahriyar, montagnard, spéléo et plongeur
(l’un des quelques plongeurs spéléos iraniens).
Après la dépose des bagages, petit tour dans la ville qui
possède un musée archéo, petit mais riche avec en particulier une série de
momies naturelles découvertes dans une mine de sel qui a fonctionné de -400 à
+1000. Photos interdites mais pas mal de choses sur la toile comme
http://halehsworldofarchaeology.blogspot.fr/2014/04/the-saltmen-iranian-mummies.html.
Encore une fois nous
restons bluffés par le mobilier archéologique, céramiques et bronzes, de ce qui
est considéré comme de l’âge du Fer, alors que chez nous c’est encore l’âge du
Bronze.
Le soir, nous sommes conviés à un repas en dehors de la
ville, au frais (tout relatif bien sur) dans un verger. Une réunion familiale "intime", pas plus d'une vingtaine d'invités !
Et ce qui va devenir notre quotidien, couchés tard et levés tôt. Première étape de 110 km plein ouest à travers un paysage de « bad lands ». Altitude entre 1700 et 2100 m, l’Iran c’est haut !
Premier arrêt sur un site très particulier, Takht-e Soleyman
(le trône de Soleiman), une sorte d’immense source autour de laquelle ont été
construits différents édifices à partir du premier millénaire avant notre ère.
La source en précipitant du calcaire a édifié une sorte de
petit plateau. Le lac au centre fait 80 m de diamètre. Il aurait été plongé
mais sans que le fond soit atteint. Mais les infos sont pour le moins floues…
Je vous laisse imaginer ce que peut m’inspirer un endroit pareil !
A trois kilomètres, un autre édifice géologique marque le
paysage. Haut d’une centaine de mètres, il ressemble de loin à un volcan mais
il s’agit également de calcaires précipités autour d’une source.
Du bord du « cratère » (qui n’en est pas un),
belle verticale de plus d’une centaine de mètres. Mais la forte odeur de soufre
qui remonte du fond n’incite pas à tenter la descente.
Nouvelle étape de 110 km vers l’est, dans la province de
l’Azerbaïdjan occidental, jusqu’à se rapprocher de 70 km de la frontière
irakienne. Destination, une grotte aménagée dans laquelle des siphons sont
plongeables.
Pour les aménagements, on peut dire qu’ils n’ont pas lésiné.
Larges escaliers, rambardes chromatiquement exubérantes,…
Petit détour par la vasque de départ du siphon dans lequel a
plongé notre guide. Arrêt vers -40 et un polonais serait allé plus bas.
De tels lieux, avec de l’eau et de la fraicheur (température
« glaciale » de 12/13° par rapport au 40° du dehors), attirent bien
sûr du monde. Ce sera notre premier contact avec du canotage touristique
souterrain.
Soirée en gîte dans le petit village à côté de la grotte. Et
nouvelle nuit courte, cette fois en raison d’un concert d’aboiements de chiens
et de toute façon, levés aux aurores pour attaquer une longue route vers le
sud-ouest.
A vol d’oiseau 300 km, « un petit peu » plus par
des routes sinueuses alternant grandes surfaces planes et cols, le tout
au-dessus de 2000 m. Un grand axe de circulation avec des camions dignes du
salaire de la peur.
Et enfin Hamedan où nous serons invités dans une maison
perchée sur les hauteurs au-dessus de la ville (qui a dit "et à part manger, vous faites quoi ?").
Après regroupement avec des spéléos locaux, encore un peu de
route vers le nord cette fois et un petit bout de piste pour rejoindre une
grotte. Le paysage est vraiment particulier, vaste pénéplaine d’où émergent des
massifs calcaires isolés les uns des autres.
La grotte de Sarab, car tel est son nom, s’ouvre au pied de
l’un de ces massifs. Sous l’entrée, une sortie d’eau a été aménagée en bassin.
Nous ne sommes pas les premiers Masciens en ces
lieux car déjà l’expé Zagros 96 y était venue.
Equipement sous le cagnard…
Classique sollicitation des locaux pour une photo souvenir…
Et c’est parti (fort tard soit dit en passant : 18 h),
accueillis par un violent courant d’air très froid (12° contre 40° dehors,
bonjour la claque). Un des spéléos locaux voulant certainement nous montrer
comment que c’est qu’il est fort, part bille en tête dans cette grotte très
particulière où l’on progresse la plupart du temps sur des trottoirs de
calcite, marques d’anciens niveaux de l’eau.
Et là dans certains passages on voit bien que le gars est un
varappeur, un bon, un très bon même. Mais un mode de progression qui évoque
tout à fait la conduite de certains dans ce beau pays. Et j’avoue avoir calé à
certains endroits et demandé de mettre au moins une main courante. Ce que notre
guide, par ailleurs professionnel de travaux en hauteur, trouvait d’ailleurs
tout à fait justifié. On a bien senti là qu’il y avait de nettes différences
dans les différents groupes. Même chose vis-à-vis des déchets présents dans la
grotte : indifférence pour certains, collecte pour d’autres.
Mais bon, tout cela n’a pas empêché d’aller assez loin dans
cette cavité labyrinthique développant plusieurs kilomètres. Une ambiance très
différente de celle de nos grottes avec des concrétions particulières et la
présence de l’eau dans quasiment toutes les galeries, obligeant même à sortir
un canot pneumatique.
Le plus dur a été de calmer la joyeuse ardeur de cette bande
pour essayer de sortir quelques clichés. Les flashs étant restés en route, tout
a été fait avec nos deux Scurion.
Et comme d’habitude en Iran, on mange ! Notez le kit « made
in Iran »
Sortie à point d’heure et nuitée juste à côté dans des
Mobilhomes faisant partie de tous les infrastructures autour de la grotte
touristique d’Alisadr. Un des plus gros sites touristiques d’Iran. Chez nous il
n’y a pas l’équivalent : accueil immense, galeries marchandes, plusieurs
restaurants et même des attractions foraines pour les petits comme pour les
grands.
Ce compte-rendu commençant à être bien long, je le
surchargerai pas de photos mais vraiment c’est pas banal à tout point de vue.
La grotte est immense, plus de 10 km en un labyrinthe avec de l’eau quasiment
de partout. Des concrétions comme à Sarab, en trottoirs étagés, des salles
immenses, etc. Et question aménagement, ça fait pas dans le discret comme cette
salle d’attente avant l’embarquement, pavée en marbre !
Une bonne partie de la visite se fait en barque, par série
de trois barques tractées par un guide en pédalo. Et il y en a dans tous les
sens.
Un exemple du concrétionnement en trottoirs que là on voit par-dessous
Dans la série « les aménagements pas ordinaires » :
des pontons flottants pour circuler dans les galeries où l’eau est profonde.
Après un parcours à pied, nouveau trajet en barque pour
rejoindre le dernier débarcadère et la surface. Le tout dans une joyeuse cohue,
plusieurs classes étant là en sortie scolaire.
Inutile de préciser qu’après ça… on mange !
Dernier tronçon pour retourner sur Zanjan, au milieu des
véhicules surchargés de sacs de blé
En cours de route, arrêt à une nouvelle grotte touristique
réputée pour ses concrétions : Katal-e Khor cave. Egalement un grand
réseau plurikilomètrique avec pour la partie aménagée, une longue galerie largement
recalibrée, ce qui casse un peu l’ambiance.
Là aussi des choses intéressantes en termes de karstogenèse.
Au bout de la longue galerie, un bel ensemble de concrétions mais pour lesquels
je trouve que les lampes de couleur n’apportent pas grand-chose, bien au
contraire (mais c’est un avis tout à fait personnel).
Petite déception de ne pas avoir pu descendre dans les
réseaux inférieurs où il y aurait plein de choses à voir mais l’heure tournait
et il était temps de reprendre la route après toutefois une pause avec le
responsable du site. Ne vous arrétez pas à son regard noir, en fait c’est un
joyeux luron.
Après une courte nuit à Zanjan, nous quittons nos amis sur
le quai de la gare avec encore quelques péripéties : premier loco en
panne, train dépanné une heure après mais mis d’office dans le suivant donné
pour « plus confortable », ce qui était le cas avec encore une fois
la collation de rigueur.
Retour au pays comme à l’aller : nuit blanche, taxi à 2
h du mat, bonne surprise d’un nouveau surclassement en Affaires (toujours pas
compris pourquoi mais on ne va vraiment pas faire les difficiles, c’est
tellement bien et ça nous a permis de récupérer de toutes ces nuits courtes), traversée d’Istanbul au milieu des embouteillages pour changer
d’aéroport et … maison !
Reste à digérer tout ce qui a été vu, échanger avec nos nouveaux
contacts là-bas et, c’est certain, prévoir quelque chose mais dont il reste à
déterminer comment, où et pourquoi.
Yves B








































