Participants : Christine et Yves Billaud
Après un premier voyage très plaisant à l’automne 2013, retour
en Iran ce printemps à l’invitation d’amis iraniens pour les fêtes de nouvel
an.
- Premier intermède culturel : le nouvel an iranien, Norouz, est fêté
pour le solstice de printemps (21 mars). Célébrée également au-delà des
frontières du pays, cette fête est inscrite par l’Unesco au patrimoine mondial immatériel
(soit dit en passant comme la gastronomie française). En pratique, cela démarre
le mercredi qui précède et se poursuit durant 12 jours (si si !) pour
rendre visite à la famille, aux voisins, etc et se termine le 13e
jour avec l’obligation de sortir de la maison et de manger en plein air.
Résultat pour nous, un séjour plutôt urbain, festif et gastronomique. Mais
toutefois assez de balade et de paysages pour vous asséner ce (très) long
compte rendu (j’ai un peu hésité mais j’ai suivi l’avis de Hugues disant qu’il
fallait essayer).
Départ donc sous les meilleurs auspices avec une compagnie
qui respecte les horaires, du personnel aimable, une place raisonnable pour un
billet économique, un repas agréable, et une franchise de bagages qui convient
à des baladeurs (30 kg c’est pas mal). Bref vous aurez compris que l’on n’est pas
parti avec Air France (Air Chance comme disent les habitués).
Après un survol de nos massifs alpins et une escale à İstanbul
(non je n’ai pas dit que c’est Turkish Airlines !), c’est l’arrivée à
Téhéran au milieu de la nuit. Là c’est inévitable, les avions en Iran se posent
obligatoirement à des heures bizarres : minuit, 3 h du mat. A savoir…
Un bon coup de taxi pour rejoindre nos amis chez eux, à une
trentaine de km de Téhéran. Une ville au pied des montagnes de l’Elbourz, loin
de la pollution de Téhéran.
Séjour en altitude, Téhéran est entre 1400 et 1700
m. Là nous sommes vers 1200 m et les sommets sont au-delà de 3000 m !
00-04
Un petit saut à Téhéran pour reprendre contact avec la
circulation dense, très dense même, mais aussi la conduite surprenante des autochtones et en prime, la pollution.
Après un tour au bazar pour les achats en prévision
des fêtes, retour dans les montagnes et premier passage sous terre dans un
musée de l’insolite, entre art brut et palais du facteur Cheval.
Pour ceux qui connaissent ma passion pour les vieux nonosses, vous
imaginerez ma surprise devant cette « œuvre » regroupant deux crânes
d’ours de belle taille et, en bas, un crâne de hyène. Je ne sais pas pour les
ours mais l’hyène peut tout à fait provenir des déserts du sud.
Pour les festivités, démarrage dès le premier soir avec la fête du feu. Au
programme, saut au-dessus des flammes, jet de pétards, feux d’artifices et
petites mongolfières en papier. Très chouette dans la nuit.
Les jours suivants, direction plein est sur 200 km pour
aller à Semnan par la route de la montagne. Premier contact avec des massifs
calcaires, entaillés de belles gorges.
Et contact aussi avec la faune locale. Ces mouflons ont été
la source d’une discussion longue et animée, certains y voyant des gazelles, d’autres
des « biches ». Mais en fait, un gros problème de traduction en
persan (que celui qui n’a jamais mélangé bouquetin, mouflon et autres petits
ongulés dans la langue locale nous jette la première corne).
A Semnan, nous avons été convié à visiter une grotte
aménagée : Ghar-e Darband ou Darband Cave, c’est comme vous préférez. Une
fois sur le parking on réalise que l’on est dans un pays de montagnards. L’entrée
de la grotte est à la base de la barre de falaises et on monte… à pied !
L’entrée ne paie pas de mine (ce qui est normal c’est une
cavité naturelle… tout le monde suit ?).Derrière en revanche, c’est grand, très grand même. Une
immense salle remontante, pleine de grands massifs de concrétions.
Une ambiance particulière. En l’absence de courant d’air la
grotte piège l’air chaud. La plupart des concrétions sont sèches et très
noires. Les locaux disent que c’est en raison des torches qui ont été utilisées
pendant des années pour les visites. Mais il y aurait aussi un peu, voire pas
mal, de guano ancien que cela ne m’étonnerait pas.
Ce que l’on voit aussi c’est la superposition de plusieurs
générations de concrétions avec de grandes stalagmites effondrées et
recalcitées. L’ambiance tectonique du pays doit y être pour beaucoup.
Les touristes sont lâchés dans la grotte où l’éclairage
n’est pas génial, peu puissant et mal orienté. Avec un sol irrégulier et
souvent glissant, je ne sais pas à quel coefficient de perte ils ont droit.
Petit intermède archéologique au musée de Semnan avec, entre
autres, cette élégante céramique du Bronze final. Soyons honnêtes, ça on n’a
pas l’équivalent chez nous.
Retour de Semnan par la grande route qui longe le pied du
massif montagneux de l’Elbourz (précédemment traversé à l’aller).
De l’autre côté de la route, au sud, c’est la bordure du
grand désert qui occupe près d’un tiers du pays. Tout le long de ce qui a été
la grande piste caravanière de la route de la soie, des restes de villages, de
caravansérails bâtis en terre et qui maintenant fondent littéralement.
Inutile de dire que la question de l’eau est cruciale. Une
solution pour en récupérer ressemble à ce que nous avons visité il y a pas
longtemps à Dieulefit : des galeries drainantes. Mais ici elles sont
creusées dans la plaine, sur des centaines de mètres voire des kilomètres. Ce
sont les « qanât », équivalents des foggaras d’Afrique du Nord. Elles
se marquent dans le paysage par l’alignement de grosses taupinières.
Au centre, un puits donnant accès à la galerie. Ici au moins
10 m de profondeur. Au bout de la galerie, l’eau est stockée dans une citerne.
Pour la virée suivante, de nouveau 200 km mais plein sud, à
Kashan. Pas très karstique mais très archéologique. L’hôtel donne le ton, dans
un ancien palais qâdjâr rénové.
Si l’extérieur n’a pas vraiment d’allure, en revanche à l’intérieur
c’est spectaculaire tant par les dimensions, la citerne étant en grande partie
creusée dans le sol, que par le décor. Pour celui-ci, les bâtisseurs ont « simplement »
joué sur l’arrangement des briques.
Un peu d’archéologie avec, à proximité de la ville, le tell
de Sialk. Comme tous les tells cela ressemble de loin à un gros tas de terre ou
à un terril. Cette éminence résulte de l’accumulation de constructions
successives. Ici l’occupation démarre dans le 7e millénaire avant
notre ère et se poursuit jusqu’au premier millénaire avant notre ère. Il y
aurait sur ce site la plus ancienne ziggourat connue (sorte de pyramide à degrés).
Un exemple du matériel découvert avec là des céramiques
néolithiques du 4e millénaire. Ça non plus on n’a pas l’équivalent
chez nous.
A côté de Kashan, pour l’archéologue accro d’architecture de
terre que je suis, le village d’Abianeh.
Une particularité de la région sur les anciennes portes :
deux heurtoirs donnant des sons différents, l’un pour les hommes, l’autre pour les
femmes, afin de savoir qui peut aller ouvrir. Je vous laisse deviner lequel est
pour qui… c’est facile. Une idée pour aménager le local ?
Il était prévu lors du voyage d’aller rencontrer des spéléos
iraniens. Le rendez-vous n’a pas été très facile à caler en cette période de vacances.
Mais finalement il a été possible de
profiter d’un stage en cours qui se déroulait au nord-est de Téhéran, dans le
centre de la Fédération de Montagne, servant également de point de départ pour
les treks sur le Damavand, point culminant du pays à 5600 m. Une montagne
magnifique, volcanique, ressemblant au Fuji Yama. Enfin, c’est ce que j’en
connais par la doc parce que pour ce qui était de voir cette montagne mythique,
déception because tempête de neige.
Sur place, excellent accueil (un pléonasme en Iran) avec
deux formateurs, des pointures locales : Vahid Masdari qui dirige la
section spéléo de la Fédération de montagne (en vert, devant) et Alireza
Balaghi, un des rares plongeurs spéléos iraniens (en tee-shirt orange, normal
il fait au moins 2°). A ma droite, notre ami Benham qui a assuré la traduction.
Autour, les stagiaires qui sont descendus des poutres du grand local qui est
derrière (très organisé ce centre avec même un élévateur pour aller accrocher
les cordes aux poutres).
Une rencontre très constructive puisque les iraniens sont
très demandeurs dans tout ce qui touche au monde souterrain. Évidemment nous
avons surtout évoqué la plongée et l’archéo. Et il y a des choses à faire, tout
plein même. Il est possible que cet été nous retournions sur place pour une
virée express d’une semaine de reconnaissance de plusieurs cavités pour
envisager une expé plus lourde en 2016.
L’ambiance est d’ailleurs au beau fixe
entre nos deux fédérations qui viennent tout juste de signer un accord et déjà un
stage photo est prévu en Iran encadré par des français.
En redescendant, entre deux nappes de brouillard, un peu de
géologie. On sent que le télescopage des plaques a eu pas mal d’effet dans le
coin.
Une petite pause pour reprendre des forces. Un exemple d’une
table pour un repas en famille. Petite particularité, la touche d’exotisme due
à Christine. Deux gratins dauphinois se cachent dans l’image, à vous de les
trouver. Pour le local, c’est bon, c’est sain (viande grillée, riz, légumes). Ça
se mange sans effort. Bon au final, avec un tel régime et peu de crapahut, moi j’ai
tout de même un peu pris.
Nouvelle virée dans le sud, plus de 700 km cette fois pour
aller voir voler les pigeons sur les toits et les coupoles de Shiraz, la ville
des poètes Hafez et Saadi.
Incontournable, la visite de Persépolis. C’est d’ailleurs ce
qu’ont également pensé quelques milliers d’iraniens pour les vacances de
Norouz. Résultat, un peu de monde sur le site. Rien à voir avec les grands
espaces déserts de l’automne 2013.
Pour détailler tout ce qu’il y a à voir, il faudrait un blog
rien que pour ça. Au moins une des sculptures, interprétés par certains comme
le printemps dévorant l’hiver.
A peu de distance de Persépolis, de belles falaises
calcaires avec tout plein de porches.
Mais accès limité car juste à côté il y a quelques vestiges. Une série de tombeaux creusés dans la roche avec de nombreuses sculptures répondant à une symbolique complexe. En prime, plusieurs bas-reliefs commérant diverses victoires. Tout cela est du début de notre ère.
Sur tous ces sites, les iraniens pratiquent intensément leur
sport national : les photos souvenirs. Ça flashe de tous les côtés. Ici un
exemple dans les jardins du mausolée de Saadi. Je vous laisse apprécier le port
du foulard… je parie que vous n’imaginiez pas que c’était comme ça ! On
vous avait dit que c’est un beau pays.
Avant de remonter dans le nord, petite ambiance urbaine et nocturne à Shiraz. C’est actif, très actif même et jusqu’à point d’heure
Tiens, encore un repas…
Deuxième virée à tendance spéléologique, toujours dans l’Elbourz,
à l’est de Téhéran. Ambiance minérale et un peu pomatoire.
Mais l’erreur en valait la peine avec un nouveau village de
terre et de bois.
Une fois trouvée la bonne vallée à remonter, pour localiser
la grotte, pas trop de problème avec les traces et la taille de la doline.
Une petite grimpette sans ombre bien sur… Sur l’autre côté
de la vallée, le village de Roodafshan qui a donné son nom à la grotte.
Un porche très confortable. Sans personne dessus on ne se
rend pas bien compte. La topo est récupérable sur le site « Caving in
Iran ». Des explos relativement récentes (2003-2005) ont porté le
développement à 1,5 km.
http://caving-in-iran.org/index.php?option=com_content&view=article&id=117&Itemid=256&lang=en
Et derrière, ça s’agrandit ! Galerie monumentale
descendant de 80 m. Benham et Christine sont en train de se faire doubler par
deux pitchounes en tongs ! Un peuple de montagnards on vous avait bien
dit.
Un passage plus intime avec une série de concrétions sèches.
La grotte est un but de promenade et, au moins, dans les premières galeries
nous avons croisé pas mal de monde comme là ce monsieur qui n’avait guère que
sa cigarette pour s’éclairer. Plus loin nous avons rencontré trois gars en
tenue plutôt citadine qui avaient comme éclairage leurs i-phones !
Mais assez rapidement nous avons été seuls et avons pu
profiter d’un beau réseau avec pas mal de concrétions.
La fin se présente comme une grande galerie remontante
encombrée de blocs. L’atmosphère est de nouveau très sèche avec tellement de
poussières en suspension que toutes les photos sont ratées.
Sur les côtés des grandes galeries il y a quelques passages
à taille humaine. Une ambiance qui rappelle un peu certaines salles de la Baume
des Anges…
Sur le retour, avant de remonter l’éboulis, encore quelques
essais de flash dans les grands volumes
Et cette fois ci le porche avec du monde pour donner l’échelle.
Troisième plus grand volume du pays tout de même !
A la sortie, sur le bord de la doline une illustration d’une
autre activité nationale : le piquenique. Mais attention, pas deux ou
trois trucs à manger. On transporte tout, même la théière et quel que soit le
contexte.
Un dernier regard sur le massif en s'interrogeant sur la série sédimentaire, le sens du pendage très marqué (normal ou inverse ?), la situation particulière de la cavité,.. la routine quoi !
Et c’est le retour sur Téhéran avec au loin derrière la
crête ce qui semble bien être le sommet du Damavand.
Encore une petite balade sur les hauteurs au-dessus de chez
les copains
Et c’est le 13° jour après Nowrouz. Pour ceux qui ont suivi,
ce jour-là il faut sortir et, encore plus que d’habitude, aller manger en plein
air.
Là ce n’est pas une expé himalayenne qui se prépare mais des habitants de
Téhéran qui sont venus respirer un peu d’air pur dans les montagnes. Et encore ce n'est que le début de matinée, tout le monde n'est pas encore arrivé.
Le séjour tire à sa fin (comme ce compte rendu d’ailleurs).
Encore une ou deux invitations à honorer. Au passage dans une pâtisserie un petit clin d’œil
pour notre président avec ce genre particulier de gâteau. En fait de la gelée
avec des décors incroyables à l’intérieur. Ne me demander pas comment on fait,
je n’ai pas la recette.
Comme pour l’aller, vol sans problème au retour avec la même compagnie
(non toujours pas Air Chance). Nouvelle escale à Istanbul cette fois un peu raccourcie pour
des questions de changement d’heure décalé d’un pays à l’autre.
Moralité, une bien belle virée et des perspectives de
futures expés spéléos dans un pays qui est en train de s’ouvrir. En tout cas,
le récent accord sur le nucléaire va dans ce sens (bon d’accord on était sur
place quand cela a été signé mais promis on n’y est pour rien, c’est une
coïncidence je vous dis).
En espérant que tout cela n'était pas trop indigeste.
Yves B
PS : j'avais oublié, un site auquel il faudra surement s'habituer si les collaborations s'amorcent :
http://msfi.ir/481.html#sthash.hpRpwxQ7.ajofmvdJ.dpbs
Et aussi les résultats du récent passage des photographes français :
http://www.philippe-crochet.com/fr/nouveautes/details/177/kotalehkhor-cave-iran
http://msfi.ir/481.html#sthash.hpRpwxQ7.ajofmvdJ.dpbs
Et aussi les résultats du récent passage des photographes français :
http://www.philippe-crochet.com/fr/nouveautes/details/177/kotalehkhor-cave-iran























































